Urbanisme : La capitale doit investir davantage dans les infrastructures

C’est l’une des conclusions auxquelles est parvenue la Banque mondiale dans un rapport consacrée à la ville de Bamako.

Le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Mohamed Moustapha Sidibé, a présidé mercredi dernier, les travaux de l’atelier de restitution de l’étude : «Bamako, moteur de croissance économique et inclusive», menée par la Banque mondiale. L’atelier a eu lieu à l’hôtel Sheraton, en présence de la directrice des Opérations de la Banque Mondiale pour la Mali, Mme Soukeyna Kane, du maire du District, Adama Sangaré, du président du Conseil national du patronat, Mamadou Sinsy Coulibaly, de la directrice au Pôle d’expertise en développement social, urbain, rural et résilience de la Banque mondiale, Mme Anna Wellenstein et de nombreux autres invités. Le rapport présenté sur Bamako réfléchit à la manière dont la ville pourrait gagner en prospérité, en améliorant à la fois la productivité et la qualité de vie. Les auteurs estiment qu’en raison de la place prédominante de la capitale dans le paysage urbain national, les réformes et investissements qui y seront engagés rejailliront sur le développement du pays tout entier.
A cet effet, ils ont fait trois grandes recommandations. Premièrement, coordonner l’occupation des sols et des infrastructures de liaison. Dans ce cadre, les terrains et le domaine public pourraient servir à promouvoir des investissements et stimuler ainsi des investissements plus denses dans les infrastructures économiques de la ville. Une première étape pourrait consister à dresser un inventaire des avoirs publics, parallèlement à des efforts visant à améliorer le régime foncier et l’utilisation des sols. Une meilleure gestion des infrastructures publiques de transport et des espaces publics permettrait aussi d’améliorer l’accès des citadins aux débouchés économiques. La deuxième recommandation a trait au financement des services publics et à l’amélioration de leur gestion. Ainsi, face à la demande grandissante d’investissements dans les infrastructures publiques, des solutions doivent être trouvées pour augmenter les recettes propres et autres ressources financières à l’échelon local, grâce notamment à une hausse des tarifs, des taxes et des transferts de l’administration centrale. Parallèlement, les autorités doivent réduire les inefficacités du système pour alléger les dépenses publiques en revoyant, par exemple, l’emplacement des décharges pour améliorer la gestion des déchets solides ou en développant des sites de compost.
La troisième recommendation consiste à investir dans les institutions urbaines. Une grande partie de la croissance actuelle et à venir de Bamako profitant aux communes voisines, il faudra impérativement mettre en place des dispositifs et des incitations pour garantir une concertation entre collectivités en matière de planification des investissements dans les infrastructures et d’organisation des services publics. En même temps, il s’agit de clarifier les responsabilités institutionnelles au niveau national et des différentes collectivités, et renforcer les capacités des collectivités locales à exécuter leur mandat.
Mme Soukeyna Kane a indiqué que le taux d’urbanisation au Mali a dépassé les 40% ces dernières années, et le taux annuel de croissance urbaine se situe à 4,9% (de loin supérieur au taux de croissance démographique).
La production industrielle ne représente plus que 18% du PIB contre 28% en 2006, expliquera Soukeyna Kane. Le District, lui, domine le paysage urbain et économique du Mali, il est le centre névralgique de l’économie nationale, mais il ne parvient ni à accroître sa compétitivité dans le temps,ni à fournir des services urbains attendus par ses citoyens dans la mesure où sa population a plus que doublé sur la période 2000-2015 et la pression sur la ville devrait s’accroître à l’avenir, a-t-elle déploré. Par ailleurs, selon une projection linéaire, Bamako comptera 13 millions d’habitants en 2050. «Bon nombre des problèmes de développement du Mali ont une dimension spatiale, et Bamako se trouve au centre de cette équation. L’importance économique et sociale de la ville ne doit pas être minimisée, sachant que toute décision prise à Bamako aura des effets durables sur le développement du pays», a estimé Soukeyna Kane.
La directrice au pôle d’expertise en développement social, urbain, rural et résilience de la Banque mondiale, de son côté, ajoutera qu’en 2030, le Mali sera urbanisé à près de 50% alors que cette urbanisation ne s’est pas encore traduite par des augmentations proportionnelles du PIB. D’ailleurs, au cours de la dernière décennie, l’urbanisation s’est accompagnée d’une désindustrialisation.
Aussi, en s’appuyant sur une planification à long terme, Bamako peut investir en amont dans les infrastructures urbaines d’autant que grâce aux technologies numériques et disruptives, la ville dispose d’une occasion inédite de résoudre ses plus grosses difficultés, a ajouté Anna Wellenstein.
Le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, quant à lui, a rappelé que Bamako, avec une population d’environ 130.000 habitants en 1960, compte aujourd’hui plus de deux millions d’habitants en 2018, soit plus du quart de la population de notre pays. Raison pour laquelle, la ville est confrontée à plusieurs problèmes mentionnés dans l’étude. Il s’agit de la connectivité urbaine, du problème d’accès aux services sociaux de base et de la gestion des déchets solides. Pour le ministre Mohamed Moustapha Sidibé, cette étude contribue à l’atteinte d’un des objectifs de la Politique nationale de la Ville (PONAV) qui est de renforcer les économies locales pour améliorer les capacités d’autofinancement des villes et lutter contre le sous-emploi et la pauvreté. Le projet de rénovation urbaine de la ville de Bamako permet, selon lui, d’opérationnaliser l’étude.
L’identification et la sécurisation des espaces dédiés aux équipements collectifs dans le District de Bamako, conduites par la Cellule de suivi de la Politique nationale de la Ville en rapport avec la mairie du District et les mairies des Communes permettent également d’opérationnaliser l’étude, a-t-il ajouté, avant de solliciter l’appui de la Banque mondiale pour l’aménagement des espaces. Il a affirmé que son département ne ménagera aucun effort pour appuyer la mairie du District et les autres collectivités pour réaliser les actions salvatrices permettant à Bamako d’être un moteur de croissance et d’inclusion. Il n’a pas manqué de remercier la Banque mondiale et l’ensemble des partenaires techniques et financiers pour la constance dans leur accompagnement.

Amadou GUÉGUÉRÉ

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